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Ligue Pauper Française

La Légende

🎙️Gabriel « LuffyDoChapeuDePalha » Mota — le grind, Affinity et l’autre côté du Pauper

Derrière le pseudo LuffyDoChapeuDePalha se cache l’un des joueurs les plus connus du Pauper compétitif sur Magic Online. Réputé pour ses nombreux résultats et sa maîtrise des différentes versions d’Affinity, Gabriel Mota a consacré des milliers de parties au format. Mais derrière le grinder se trouve aussi un joueur au regard lucide sur la compétition, les performances et la place que Magic occupe dans sa vie.

De son parcours sur MTGO à sa relation avec le Grixis Affinity, en passant par sa vision du Pauper en ligne et en papier, Luffy nous raconte une trajectoire faite de pratique intensive, de rencontres et de passion pour le jeu.

👒 Le joueur derrière le pseudo Luffy

Gabriel, pour ceux qui te connaissent principalement sous le pseudo LuffyDoChapeuDePalha et à travers tes résultats en Pauper, qui est le Gabriel derrière le joueur ? Comment as-tu découvert Magic et comment le Pauper a-t-il pris une place aussi importante dans ta vie ?

J’ai commencé à jouer à Magic en 2017. C’est mon père qui m’a fait découvrir le jeu, après que j’ai joué à Pokémon. Depuis, j’ai continué à jouer et je me suis progressivement investi de plus en plus dans Magic Online et le Pauper.

J’ai obtenu mon diplôme en systèmes d’information et développement l’année dernière. Aujourd’hui, je travaille avec Magic Online, mais je ne compte pas en vivre éternellement. J’aimerais travailler dans le domaine que j’ai étudié et continuer à utiliser Magic principalement pour financer mes dépenses, mes études et d’autres projets.

En dehors de Magic, j’aime beaucoup collectionner les figurines, notamment celles de Saint Seiya et Dragon Ball.

💻 Le grind sur Magic Online

Tu as passé des années à jouer un nombre impressionnant de parties sur Magic Online. À une certaine époque, tu enchaînais plusieurs Leagues par jour. Que représente aujourd’hui ce volume de jeu pour toi ?

Quand je jouais trois Leagues par jour, cela représentait environ quinze parties quotidiennes. On arrive donc à près de 450 parties par mois et plus de 5 000 par an. Et j’ai fait ça pendant plusieurs années, sans compter les Challenges et les autres événements.

Après avoir joué autant de parties, Magic a fini par ressembler un peu à un travail pour moi. Je ne déteste pas le jeu, mais je n’ai plus vraiment cette sensation de me dire : « J’ai envie de jouer à Magic ». C’est plutôt devenu une relation d’indifférence, à cause du volume de jeu.

Aujourd’hui, je joue aussi à d’autres formats, comme le Pioneer, le Premodern et le Standard. Je n’ai donc plus autant de temps qu’avant à consacrer au Pauper. J’ai notamment réduit le nombre de Leagues et je joue davantage de Challenges.

🧠 Qu’est-ce qui se cache derrière les résultats ?

Quand tu regardes un joueur qui enchaîne les Top 8 et les bons résultats, quelle part attribues-tu au talent, à l’expérience et tout simplement aux milliers de parties jouées ?

Je pense que c’est une combinaison de plusieurs facteurs. L’expérience du Pauper aide énormément, tout comme la compréhension du métagame, le choix d’un bon deck pour un environnement donné et la maîtrise de celui-ci.

On ne peut pas simplement prendre un deck complètement à contre-courant du métagame et espérer révolutionner le format. Pour que cela fonctionne, il faut généralement qu’une nouvelle carte permette de le faire ou alors être vraiment très bon avec ce deck.

Je ne me considère pas non plus comme un prodige. Je pense être simplement un joueur qui a énormément joué. La pratique ne m’a pas conduit à la perfection, mais elle a considérablement amélioré mon niveau de jeu.

Quand je joue mal pendant une semaine entière, par exemple avec beaucoup de défaites consécutives, je préfère réduire le volume de jeu, voire faire une pause. Je peux passer une ou deux semaines sans jouer, sortir, faire autre chose et me reposer l’esprit. Si tu continues à jouer en étant énervé ou stressé, tu commences à prendre de mauvaises décisions et une défaite finit par en entraîner une autre.

⚙️ Luffy et Affinity

Tu as joué différentes versions d’Affinity, mais aussi d’autres decks comme BG Gardens ou Burn. Qu’est-ce qui te fait toujours revenir à Affinity ?

J’ai joué plusieurs versions d’Affinity : Grixis, Temur et d’autres constructions. Je ne suis pas exclusivement un joueur de Grixis Affinity. Je joue Affinity de manière générale.

J’ai aussi joué BG Gardens et Burn sur Magic Online, mais je préfère le style de jeu d’Affinity. C’est pour cette raison que j’y reviens généralement.

Ces dernières années, le Grixis s’est révélé être, selon moi, la version la plus puissante. C’est donc celle que j’ai le plus jouée. Mais si une autre version est intéressante dans un métagame donné, je n’ai aucun problème à la jouer.

Il y a aussi une question d’habitude et de familiarité. Je connais déjà très bien Affinity et, comme je joue aujourd’hui plusieurs formats, je n’ai pas toujours envie de consacrer du temps à apprendre un autre deck alors qu’Affinity reste une option solide.

🔬 Construire et adapter une liste

Tu modifies assez régulièrement ta liste de Grixis Affinity. Comment décides-tu de ce qui doit changer ? Est-ce que tu testes beaucoup avant un Challenge ou est-ce que tu te fies davantage à ta lecture du métagame et à ton intuition ?

Cela dépend beaucoup du métagame que je m’attends à rencontrer. Affinity peut jouer contre pratiquement tout, mais il faut adapter la liste aux decks que l’on pense affronter.

Par exemple, si je m’attends à rencontrer davantage de Tron ou de decks utilisant Ephemerate, je peux opter pour une construction plus agressive. Si je pense croiser plus d’Elves ou de Walls, je peux privilégier une version plus contrôle, avec davantage de ressources pour ces matchups.

Parfois, selon la construction choisie, un matchup initialement très défavorable peut devenir favorable. Cela m’est déjà arrivé avec Mono-White Heroic : j’avais une liste qui n’avait pratiquement aucune réponse contre ce deck et, après avoir changé quelques cartes, j’ai fini par considérer le matchup comme très favorable.

Aujourd’hui, je teste moins qu’avant. À l’époque où je jouais presque exclusivement au Pauper, il m’arrivait d’attendre les dix dernières minutes avant le début d’un Challenge, de regarder les joueurs inscrits, de rechercher les decks qu’ils jouaient et d’essayer d’anticiper le métagame.

Maintenant que je joue plusieurs formats, je n’ai plus le temps de faire toutes ces recherches avant chaque tournoi. Je me fie donc souvent davantage à ma lecture du format et à mon intuition sur ce que les joueurs vont choisir.

Lorsqu’une nouvelle édition sort, je pars généralement d’une liste d’Affinity que je connais déjà et j’y ajoute une ou deux cartes que j’ai envie d’essayer. Ensuite, je participe à un Challenge pour voir comment elles fonctionnent en pratique.

💰 Grinder ou joueur compétitif ?

Tu as toi-même fait une distinction intéressante entre être un « grinder » et être un joueur compétitif. Comment vois-tu cette différence ?

Je me considère davantage comme un grinder que comme un joueur compétitif.

Pour moi, le grinder cherche surtout à maximiser ses gains : les tickets, les coffres et l’argent. Le joueur compétitif, lui, se concentre davantage sur la victoire dans le tournoi.

Je ne suis pas particulièrement attaché au fait de terminer premier, deuxième ou huitième si la différence de récompense n’est pas très importante. Au début, les résultats comptaient beaucoup plus pour moi. Mais après avoir obtenu plusieurs Top 8, remporté des Challenges et décroché différentes places, tout cela a perdu de son importance.

Aujourd’hui, si j’ai la possibilité de conclure un accord qui me permet d’obtenir un meilleur retour, cela ne me pose aucun problème. Le résultat en lui-même n’est pas ce qui compte le plus pour moi.

🇧🇷 Le Brésil et le Pauper

Le Brésil compte de nombreux joueurs de Pauper très actifs, dont certains évoluent à un excellent niveau. Selon toi, existe-t-il quelque chose de particulier dans la communauté brésilienne qui contribue à former ces joueurs ?

Je ne pense pas que ce soit une question de nationalité. Je ne crois pas qu’un pays possède simplement les meilleurs joueurs ou qu’il existe une « école » de Pauper différente des autres.

Magic Online joue un rôle très important. Même si beaucoup de gens trouvent que la plateforme n’est pas très agréable, c’est un excellent outil pour progresser. Affronter régulièrement de bons joueurs permet de s’améliorer.

Au Brésil, beaucoup de personnes jouent sur Magic Online, ce qui aide énormément. On affronte constamment des joueurs expérimentés, qui jouent tous les jours et connaissent très bien le format.

Je pense aussi que l’accessibilité du Pauper joue un rôle important. C’est un format peu coûteux pour débuter et, ici au Brésil, il est très courant que quelqu’un possède plusieurs decks et prête des cartes, voire un deck entier, à un autre joueur.

Je connais beaucoup de boutiques où il y a une personne qui possède pratiquement tous les decks de Pauper et qui les apporte pour les prêter à ceux qui veulent jouer.

C’est aussi pour cela que je pense que le Pauper est devenu un format aussi important au Brésil.

🖥️ Le jeu en ligne et le jeu en papier

Selon toi, existe-t-il une différence de niveau entre le Pauper compétitif sur Magic Online et celui que l’on retrouve dans les tournois en papier ?

D’après mon expérience, oui, il existe une différence.

Je joue très rarement des tournois en papier et je n’ai jamais participé à un grand événement international de Pauper. Je parle donc surtout de mon expérience et de ce que me racontent mes amis.

Sur Magic Online, notamment dans les Challenges, on affronte régulièrement des joueurs qui sont présents tous les jours, qui jouent énormément et qui possèdent beaucoup d’expérience. Même dans une compétition avec moins de participants, le niveau moyen peut être très élevé.

Un tournoi en papier peut réunir 200 joueurs, mais cela ne signifie pas nécessairement que le niveau moyen sera supérieur. Parfois, il y a moins de participants, mais presque tous ceux qui sont présents sont des joueurs très expérimentés.

Je pense donc que ce n’est pas seulement une question de nombre de joueurs. La qualité des adversaires que l’on rencontre fait également une grande différence.

🎯 Les conseils de Luffy

Si un jeune joueur te regardait, voyait tes résultats et se disait : « Je veux atteindre ce niveau », quel conseil lui donnerais-tu ? Que ferais-tu à sa place ?

Tout d’abord, cela dépend de son objectif. S’il veut devenir grinder ou joueur compétitif, il devra faire les efforts nécessaires. Il n’y a pas vraiment de raccourci.

Je ne me considère pas comme un joueur prodige. Je pense être simplement quelqu’un qui a énormément joué.

Mon principal conseil serait donc de passer à la pratique. Il faut jouer beaucoup de parties.

Quand je commence à jouer à un nouveau format, pas seulement le Pauper, je prends généralement un deck et je joue, encore et encore, jusqu’à ce que je me sente à l’aise avec celui-ci et que j’arrive à mieux le maîtriser.

Je pense que c’est un conseil qui peut s’appliquer à tous ceux qui souhaitent jouer en compétition et obtenir de meilleurs résultats : la pratique.

🌍 Le Pauper à l’international

Tu affrontes énormément de joueurs du monde entier sur Magic Online. Remarques-tu des différences entre les joueurs selon leur pays ou leur région ?

Je ne pense pas qu’il existe de différence particulière selon les pays ou les régions.

Je ne dirais pas, par exemple, que les Italiens jouent d’une certaine manière ou que les Brésiliens ont un style particulier. Je pense que cela dépend beaucoup plus de la personnalité de chaque joueur.

Certains joueurs sont plus agressifs, d’autres plus prudents, d’autres encore préfèrent certains types de decks. Ce sont des caractéristiques individuelles.

Je n’ai pas non plus énormément de contacts personnels avec les joueurs internationaux. En général, je me connecte à Magic Online et je joue. Si quelqu’un vient me parler, je discute avec lui, mais je ne suis pas vraiment du genre à aller spontanément vers les autres joueurs pour engager la conversation.

Je n’ai donc pas suffisamment d’expérience personnelle avec les joueurs italiens, français ou d’autres pays pour affirmer qu’il existe des différences régionales.

🏆 PauperNATION : bien plus que le résultat

En tant que joueur reconnu du Pauper, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui va participer au PauperNATION ? Qu’est-ce qu’il faut retenir d’un tournoi de cette envergure, au-delà du résultat ?

Je n’ai pas encore beaucoup d’expérience des grands tournois en papier. Le National de Premodern auquel j’ai participé était d’ailleurs le plus grand tournoi en papier que j’aie jamais disputé.

Mais, d’après mon expérience, je pense qu’il est important d’aborder le tournoi avec cet état d’esprit : « Je dois donner le meilleur de moi-même ».

Tu y vas, tu joues du mieux possible et, si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. Tu as fait ce que tu pouvais.

Il y a parfois aussi une part de chance. On peut avoir plusieurs mauvaises mains de départ d’affilée ou enchaîner des situations contre lesquelles il n’y a pas grand-chose à faire. Cela ne signifie pas nécessairement que l’on a mal joué.

Il est également important d’être prêt physiquement : boire de l’eau, ne pas avoir faim pendant l’événement et prendre soin de soi.

Et surtout, discuter avec les autres !

Rencontrer de nouvelles personnes, échanger des idées, retrouver des joueurs que l’on connaît uniquement sur Internet… Je pense que cela fait aussi partie de Magic. Il ne s’agit pas seulement de remporter un tournoi ou d’être le meilleur joueur du monde.

❤️ Ce que le Pauper laisse derrière lui

Tu as traversé plusieurs périodes dans Magic : tu as commencé jeune, arrêté pendant la pandémie, repris, puis passé des années à grinder et construit une identité très forte dans le Pauper. Quand tu regardes ce parcours, qu’est-ce que tu en retiens avant tout ?

Les amis que j’ai rencontrés en chemin.

J’ai connu des personnes grâce à Magic avec lesquelles je continue à discuter et à passer du temps aujourd’hui. Je ne me fais toutefois pas beaucoup d’amis, car je suis autiste, et c’est aussi pour cette raison que j’accorde énormément de valeur à ceux que j’ai.

Pour moi, c’est l’une des choses les plus importantes dans ce jeu : les amis que l’on se fait en chemin.

Par exemple, je suis allé au National de Premodern bien davantage pour rencontrer et discuter avec des personnes que je ne connaissais que sur Internet que pour le tournoi lui-même. Je voulais retrouver des gens avec qui je discutais quotidiennement, mais que je n’avais encore jamais rencontrés en personne.

C’était vraiment génial de rencontrer des joueurs comme Carvs, SpockVidaLoka et PedraStone, ainsi que d’autres personnes que je ne connaissais jusque-là qu’en ligne.

🔮 Et dans cinq ou dix ans ?

Dans cinq ou dix ans, est-ce que tu t’imagines encore jouer à Magic et au Pauper avec une telle fréquence ? Jusqu’où aimerais-tu mener cette aventure ?

Peut-être que je continuerai à jouer, mais j’espère ne plus le faire à la fréquence actuelle.

Je n’ai pas l’intention de vivre de Magic toute ma vie. J’aimerais travailler dans le domaine des systèmes d’information et du développement, qui est celui que j’ai étudié. Je compte d’ailleurs suivre des cours d’anglais, car je ne parle pas encore très bien cette langue.

Je veux continuer à jouer à Magic, mais probablement pas avec la même intensité.

Et je pense que j’ai encore beaucoup de choses à améliorer. Pour être honnête, je ne me considère pas comme un si bon joueur que ça. Je me vois plutôt comme un joueur moyen et je ne pense pas avoir quelque chose de particulièrement exceptionnel par rapport aux autres joueurs.

L’avenir nous dira ce qui se passera. Peut-être que je continuerai à jouer au Pauper, peut-être que je passerai davantage de temps sur un autre format. Il m’arrive parfois d’arrêter un format pendant plusieurs mois pour en jouer un autre.

Si demain le Grixis Affinity disparaissait, par exemple, j’essaierais probablement de jouer un autre deck de Pauper. Cela pourrait être BG Gardens ou un autre archétype. Mais je pourrais aussi tout simplement avoir envie de jouer au Vintage ou à un autre format.

Au final, tout dépendra de ce dont j’aurai envie à ce moment-là.

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